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Saint-Jérôme | Le Centre Sida Amitié veut analyser des drogues à même ses locaux

Saint-Jérôme | Le Centre Sida Amitié veut analyser des drogues à même ses locauxCentre Sida Amitié
Dr Jean Robert

Le Centre Sida Amitié a déposé une demande d’exemption permanente auprès de Santé Canada et de la santé publique régionale afin de lui permettre de faire l’analyse de drogues à même ses locaux, au centre-ville de Saint-Jérôme.

L’organisme, qui gère aussi une clinique communautaire avec le Dr Jean Robert, en a fait l'annonce jeudi lors de la Journée nationale de lutte aux surdoses.

Le CSA affirme que le Canada vit actuellement une double crise de santé publique, soit les surdoses et la COVID-19, qui, elle, a exacerbé les problèmes liés à l’utilisation de drogues.

L'objectif de cette demande, qui lui donnerait le droit de manipuler des drogues interdites, est d'améliorer la surveillance des substances en circulation en temps réel, mettre en place des mesures de protection et de prévention appropriées pour répondre aux besoins des personnes utilisatrices de drogues et ainsi sauver des vies.

Le directeur du Centre, Hugo Bissonnet, a bon espoir de pouvoir offrir un nouveau service d’analyse rapide pour permettre aux gens de savoir ce qu’il y a dans leur drogue avant de la consommer, ce que le cadre législatif ne permet pas actuellement.

ENTREVUE | Hugo Bissonnet, directeur du Centre Sida Amitié, veut implanter un service d’analyse rapide des drogues de rue

8:03

«Connaitre ce que l’on consomme est la clé pour réduire les surdoses. L’information c’est la clé.»

Dans le contexte actuel, surtout, les personnes consommatrices sont des survivantes, des rescapées, en sursis d’éventuelles intoxications et surdoses. La substance c’est leur médicament découvert par adon pour soigner et soulager une lancinante et perpétuelle souffrance intérieure méconnue et ostracisée. Ces personnes survivent peut-être biologiquement, mais toujours déconsidérées, comme mortes socialement. On leur dit : arrête de consommer et ça ira mieux ! Maintes fois, volontairement tentée, sans succès, aussitôt la souffrance revient inexorable, intransigeante et la substance rapplique coûte que coûte. Elles deviennent des victimes de notre incurie et d’un très lucratif marché parallèle, dans l’ignorance de la nature contrefaite et maquillée. Faut les soigner, pas juste les traiter. Question à la «bien-pensance» : Et si c’était votre fille ?

Le CSA ajoute que les consommateurs de drogues ont aussi développé une méfiance vis-à-vis des institutions publiques, notamment en raison de la stigmatisation et du mépris à leur égard, ce qui rend difficile la mise en oeuvre de programme de déclaration volontaire de surdoses mortelles ou non.

Ce «mépris systémique» commence également à se faire sentir sur le milieu communautaire, qui contient pourtant cette crise du mieux qu’il le peut.

Témoignagne publié par le CSA dans le cadre de la Journée nationale des surdoses :

Mon nom est Alexandra et je suis intervenante de première ligne en réduction des risques et méfaits depuis plus de 10 ans. J’ai participé, entre autres, à la mise en place des services d’injections supervisées à Montréal et dès l’ouverture j’y ai travaillé pendant plusieurs années. Je suis également une personne utilisatrice de drogue depuis plus de 25 ans. C’est mon vécu qui m’a amené à travailler dans ce milieu. J’ai été témoin de la hausse vertigineuse du nombre de surdoses liées aux drogues contaminées qui a pris de l’ampleur et qui a explosé depuis les débuts de la COVID-19. Le prix des drogues a augmenté et les gros vendeurs coupent leurs produits avec, entre autres, du fentanyl, de la méthamphétamine et autres produits pouvant être toxiques ou avoir des interactions.

Une intervenante qui consomme, bin oui? Quoique j’admire ceux qui y parviennent, et que j’aimerais y arriver un jour, l’abstinence ne fonctionne pas pour moi. L’interdiction de consommer m’angoisse et fait en sorte que je ne fais que penser à ça. J’ai un travail, un toit, un amoureux, une vie stable quoi. Certains se délectent ou se détendent d’une bonne bière après le boulot, ou d’une bonne bouteille entre amis, moi c’est mon injection d’héro qui est ma récompense du week-end. Mais j’utilise du matériel stérile, j’ai de la naloxone avec moi, je ne consomme pas seule. C’est ça la réduction des risques et méfaits. Soyons pragmatiques, la drogue ne disparaitra pas demain matin, alors on met en place des façons que la conso se fasse le plus sécuritairement possible.

J’ai commencé à m’injecter à 17 ans et dès lors j’ai été confronté au risque qu’une overdose puisse arriver à tout moment. J’ai été loin dans la conso, jusqu’à vivre dans la rue plusieurs années. À 42 ans, j’ai perdu plus d’amis que mon père et ma mère réunis, qui ont tous les deux plus de 70 ans. La majorité, c’est dans les 5 dernières années. Mes pairs et moi, on a vu la crise venir. D’abord à Vancouver, puis Toronto. Même à Ottawa, pourtant si proche de nous, où on y trouve beaucoup de fentanyl depuis au moins 4 ans. On a averti, crié, hurlé... On a rencontré des ministres, amené des solutions, revendiqué l’état d’urgence. Oui on avance dans l’offre de services aux personnes qui consomment, oui on a maintenant des services d’injections supervisés… mais ça a pris plus de 10 ans de réunions, consultations, études de faisabilité, malgré que nous avions des preuves, des études et des rapports prouvant que c’est bénéfique pour tous.

‘’Connaitre ce que l’on consomme est la clé pour réduire les surdoses. L’information c’est la clé.’’ Hugo Bissonnet, directeur du Centre Sida Amitié

Pendant ce temps, THEY TALK, WE DIE, il parle, on meurt. C’est la résultante de comités qui n’aboutissent souvent à rien.

Il m’arrive de plus en plus souvent de me dire que la prochaine surdose, ça pourrait être moi. Pas plus tard que le mois dernier, j’ai eu un mauvais présage. Mon copain m’avait texté un peu plus tôt pour m’informer que notre héroïne, commandée sur le Dark Web, était arrivée. Puis, il ne répondait plus à mes appels. Je suis allée chez moi, pour le trouver allongé par terre, semi-conscient, respirant à peine. Avec un dépistage urinaire, on y a décelé des benzos, 5 dérivés de fentanyl et d’autres produits. Pour un total de 22 produits (drogues ou médicaments) dans le corps.

Cette expérience, me rappelle aussi Raffi Ballian, un collègue de Toronto, à la tête de COUNTERfit, un bus de distribution de matériels stérile de conso, engageant des personnes ayant un vécu expérientiel et utilisateurs d’opiacé aguerri. Il est décédé d’une surdose de fentanyl, seul dans une chambre d’hôtel de Vancouver, lors d’une conférence sur les SIS (sites s’injections supervisées).

Depuis le début de 2021, les décès s’accumulent à un rythme effrayant : j’ai perdu jusqu’à 4 personnes la même semaine. Nous sommes en deuil constant. Il m’arrive de ne pas me sentir humaine, car quand j’apprends qu’une autre personne nous a quittés, je n’ai même plus de larmes. Je me suis habituée aux pertes et c’est terrible.

Depuis quelques mois, je suis intervenante et éducatrice en réduction des méfaits au CSA de Saint-Jérôme, bien connue pour le travail remarquable que fait le Dr Jean Robert. Il a mis sur pied le 1er programme de dépistage/analyses des drogues pour les personnes qui consomment. Ce modèle unique au Québec répond vraiment à nos besoins et il nous permet d’ajuster nos pratiques de conso et réduire les risques. Ce type de services, c’est une des recommandations des associations de personnes utilisatrices de drogues (CAPUD), tout comme l’accès à de l’approvisionnement sécuritaire et plus de services de prévention des surdoses. De plus, en offrant le dépistage des drogues à notre clinique, ça facilite l’accès aux soins de santé, tel que le dépistage, la vaccination et les traitements contre l’hépatite C et le VIH.

Mes pairs et moi vivons une double crise : celle du COVID-19 et celle des surdoses. L’accès aux services qui répondent à nos besoins déjà difficiles à empiré dans les derniers mois. C’est inacceptable de ne pas agir plus pour mettre fin à ce génocide des personnes marginalisées. Écoutez-nous, nous avons des solutions à proposer !

Je constate que l’acceptabilité sociale et la moralité l’emportent sur le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité quand il s’agit de personnes utilisatrices de drogues… Pourtant, on est des humains comme les autres, avec une histoire, une famille, une vie qui vaut la peine qu’on s’y attarde… Soutenez, ne punissez pas !

À la mémoire de Mat, Tony, Flo, J-C, Luc, Pascal, et tous les autres : REST IN POWER

Alexandra, intervenante et éducatrice en réduction des méfaits, CSA, membre de Canadian Association of People who Use Drugs (CAPUD)

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